Une architecture ludique pour une démocratisation de la culture

La conception architecturale de Renzo Piano et Richard Rogers est résolument provocatrice, tournant le dos à l’académisme et à l’architecture officielle des monuments, dans le but de faire de la culture un langage ludique et accessible au plus grand nombre. Comme l’affirme Renzo Piano dans une interview accordée à Antenne 2 le 22 avril 1987, il s’agissait de proposer un bâtiment différent pour susciter la curiosité des passants tout en utilisant un vocabulaire familier pour le plus grand nombre: celui de l’usine.

Le ton irrévérencieux du Centre Georges Pompidou est le fruit du contexte. Au début des années 70, les musées, institutions tristes et réservées à l’élite, sont très peu fréquentés, d’où le désir du Président Georges Pompidou de promouvoir la culture.

Tout d’abord, le centre culturel est un bâtiment de facture technologique, qui lui confère une certaine agressivité, beaucoup plus marquée du côté est. Toute la structure porteuse est constituée majoritairement d’acier et est volontairement rejetée à l’extérieur dans le but pratique de libérer les espaces intérieurs mais aussi, de faire un édifice novateur et surprenant, sorte de « machine futuriste ». Le Centre Pompidou n’est pas pour autant un édifice high-tech ; il s’agit, au contraire, d’une parodie de l’imaginaire technologique de notre époque, un bâtiment qui répond aux exigences de solidité et de souplesse d’utilisation. Si les réseaux techniques et les circulations sont disposés en périphérie du bâtiment dans des gros tubes colorés ou transparents, c’est tant pour évoquer les cheminées d’une raffinerie ou d’un paquebot, que pour faciliter leur remplacement. On retrouve ici l’une des caractéristiques de l’usine : tout ce qui est construit est nécessaire. L’édifice a d’ailleurs emprunté un certain nombre de procédés à l’industrie métallurgique et a même été conçu en étroite collaboration avec l’usine Krupp, chargée de mouler les pièces en acier.

La conception du bâtiment est aussi contemporaine, comme en témoignent les principes de flexibilité, lisibilité et mouvement qui ont été appliqués. L’emploi d’un vocabulaire technologique et la transparence de l’architecture confère au Centre Pompidou une clarté particulière, stimulant ainsi la curiosité des passants. Les formes qui ont inspirées les deux architectes sont tout de suite reconnues et identifiées, telle l’allure de chenille des escalators, même si leur emploi peut paraître déplacé. Le souci de franchise illustre bien que l’édifice a été conçu pour le public : non seulement sa lecture est accessible à tous, car les formes employées sont familières mais encore, toutes les activités proposées à l’intérieur sont visibles. Par exemple, l’utilisation de couleurs différentes pour les dispositifs techniques et les circulations nous renseignent sur leur fonction, alors que la transparence de l’édifice rend la vie du bâtiment perceptible par tous : on peut y voir les visiteurs circuler, emprunter les escalators ou escaliers, admirer la vue sur Paris, les gens travailler à la bibliothèque. Le passant assiste donc à un véritable spectacle susceptible de retenir son attention et de l’inciter à entrer.

Le mouvement, l’animation jouent d’ailleurs un rôle primordial dans l’édifice. Le bâtiment est toujours vivant, car sa structure totalement flexible peut s’accommoder de multiples transformations. Le centre parisien a été conçu comme un espace de liberté où s’imbriquent et se télescopent les fonctions et les activités. Ainsi, les grands plateaux peuvent être aménagés suivant les besoins et les usages, en retranchant ou en ajoutant des éléments, telles des cloisons. La possibilité d’un perpétuel renouvellement, changement n’est pas sans rappeler le principe de la création : le Centre Georges Pompidou expose mais produit aussi de la culture.

Enfin, la circulation des visiteurs à l’intérieur de l’ossature répond à l’animation qui règne sur la place. Avec ses vendeurs à la sauvette, ses musiciens, ses conteurs ou comiques, la place incarne le lieu de l’art non formel, non institutionnel et plonge les visiteurs du centre dans une atmosphère ludique, qui fait écho aux couleurs franches employées pour habiller les gaines et aux réseaux tentaculaires arrimés à l’est. Les architectes tentent donc de proposer une définition plus ludique et souple de la culture. La place et l’institution culturelle sont complémentaires par leurs activités et constituent un lieu de contact. Il s’agit en premier, d’un lieu de rencontres inattendues, comme entre la culture officielle et celle de la rue, mais aussi un lieu de curiosité et de promenade. Comme sur la place, les visiteurs peuvent déambuler librement à l’intérieur de l’édifice et se contenter d’admirer la vue sur Paris, offerte au dernier étage, ou encore de profiter simplement des installations mises à leur disposition, tels le restaurant, la cafétéria. La place contribue véritablement à intégrer le bâtiment dans le quartier, intégration favorisée, car le centre culturel s’inscrit dans une politique de réhabilitation du quartier environnant : le Marais, qui lui a permis de retrouver vie et de perpétuer sa vocation culturelle. Grâce à la place, un lien est établi entre le quotidien et la création artistique exposée au Centre Pompidou, qui devient ainsi plus accessible et susceptible de toucher un très large public.

Ne possédant aucune entrée principale comme dans un musée traditionnel, ne se conformant pas au style de son environnement et de l’architecture officielle, très imposant par rapport aux structures qui l’entourent, le Centre Georges Pompidou se présente comme un véritable anti-monument. Proposant des activités ludiques, conçu comme un « jouet », une « fête », il témoigne de la fraîcheur et naïveté des deux jeunes architectes ainsi que de leur volonté de rompre avec une conception figée de la culture afin de la démocratiser.

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