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Les musées face au numérique

L’apparition du numérique dans les années 90 a impacté de nombreux domaines culturels : de la musique, au cinéma ou à la littérature. Les modalités de « consommation » de la culture ont été bouleversées (apparition du mp3, du livre numérique) tout comme la production artistique même : dans le domaine de l’art contemporain notamment, le numérique est de plus en plus exploité par les artistes dans leurs installations.

Les musées n’échappent pas à cette évolution, sujet auquel nous consacrons cet article.

Dès les années 60, les musées ont intégré des nouvelles technologies. La vidéo en tant qu’œuvre et support de médiation est apparue puis dans les années 80, les musées ont adopté l’audioguide. Ce fut ensuite, au début des années 90, les bornes multimédia et l’édition de CDROM  proposant des visites virtuelles de musées comme le Louvre ou Orsay qui ne touchèrent qu’un public réduit.  Quant à la fin des années 90, elle correspond à l’introduction du web. Mais le véritable tournant se situe dans les années 2000 avec la révolution numérique qui a impacté la conservation des œuvres, leur présentation, la médiation et la communication muséale. Une enquête menée par le CLIC (Club Innovation Culture créé en octobre 2008 pour fédérer les institutions culturelles françaises les plus innovantes) et le groupe EAC (Ecole de management culturel) sur 150 musées en janvier 2010 montre des résultats assez satisfaisants en terme d’adaptation des musées aux innovations technologiques.

En matière de conservation, la principale avancée concerne la numérisation des collections. Selon l’étude menée par le CLIC et le groupe EAC, déjà 44 % des musées propose une partie (même mince) de leurs collections en ligne, ce qui démontre le caractère volontariste d’une grande part des institutions culturelles, désireuses de trouver une place sur le web. La base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France créé en 1995, a été précurseur dans ce domaine et recense aujourd’hui près 428.500 notices d’objets. Le Louvre, le Centre Pompidou, Orsay ou encore le Quai Branly s’en sont inspirés et proposent sur leur site la mise en ligne de leurs collections en version numérique avec les notices et photographies. La numérisation apparaît comme une évolution très positive car elle permet aux musées de mieux remplir quelques unes de leurs missions : assurer la plus large diffusion possible de leur collection ou encore promouvoir et faciliter la recherche.

Sur le plan muséographique, le numérique a permis de rendre plus interactifs et attractifs les parcours d’exposition avec des dispositifs comme les bornes multimédia qui tendent néanmoins à se banaliser, des écrans panoramiques (comme au mémorial de Gaulle). Le visiteur ne subit plus la visite mais devient véritablement un acteur à part entière qui compose sa propre visite, approfondissant ou non certains éléments.

L’évolution des techniques de médiation participe à cette même tendance. Les audioguides traditionnels, à l’image un peu obsolète, sont remplacés dans certains lieux par des iPhone. Les musées français arrivent en bonne place parmi les musées internationaux en matière d’applications iPhone : le musée Cluny a été le premier à proposer une telle application à ses visiteurs, sur la tapisserie à la Licorne. Aujourd’hui, 16 musées dans le monde disposent de ce service, et 7 sont en France.

L'application iPhone du musée du Louvre, lancée début novembre 2009, aurait été téléchargée près d'un million de fois depuis son lancement.

La technologie Bluetooth, sur laquelle avait misé le palais de Tokyo semble en revanche dépassée.

A l’occasion de son exposition Spy Numbers (2009), le Palais de Tokyo a renouvellé son expérience de diffusion de contenus audioguide via la technologie bluetooth. Ce dispositif s’appuie sur un réseau de balises bluetooth réparties dans les espaces du Palais. Il suffit d’activer le récepteur Bluetooth de son téléphone mobile et “de le mettre en contact" avec la borne située au Bureau des médiateurs pour recevoir des messages au cours de la visite.

Parallèlement, les musées ont développé des contenus pédagogiques variés sur leur site : dossiers pédagogiques, visites virtuelles et en 3D ou encore podcasts et blogs. Une prise en compte du public des enfants commence à émerger en lien avec le numérique. Le Louvre est en la matière très novateur puisque figure sur son site une mascotte accompagnant les enfants dans la découverte des œuvres majeures du musée. Le musée d’Orsay propose aussi des « dessins animés » avec pour héros Raphaël, Mona et Nabi qui font découvrir aux enfants quelques œuvres des collections sous une forme ludique.

Raphaël, Mona et Nabi, personnages créés pour accompagner les enfants dans la découverte de quelques œuvres du musée d'Orsay.

Finalement, le numérique a surtout contribué à apporter de la valeur ajoutée au parcours de visite, à mieux accompagner le visiteur en amont, durant et après sa visite. Toutefois, on peut être beaucoup plus sceptique sur l’objectif de démocratisation culturelle revendiqué par les institutions qui développent ce type de dispositif. Les outils numériques, s’ils agrémentent la visite et la rendent plus accessible, ne sont pas suffisants pour attirer de nouveaux publics.

Par ailleurs, le numérique accentue les disparités entre petits musées et grandes institutions qui ne disposent pas des mêmes moyens pour mettre en place ces dispositifs coûteux. Ces outils seraient pourtant très bénéfiques pour renouveler l’attractivité et l’offre des équipements culturels de moindre envergure. Des dérives peuvent aussi être constatées quant à la tarification des nouveaux contenus et supports. Le Château de Versailles a notamment tenté de faire payer une visite en 3D, tentative qui a échoué auprès du public français.

Dernier domaine impacté par le numérique : la communication des musées. Ces derniers sont de plus en plus présents sur les réseaux sociaux comme Facebook ou sur des sites de partage tels Youtube et Daily Motion.  Selon l’étude menée par le CLIC et le groupe EAC, 43 % des musées interrogés sont sur Facebook, 18 % sur Twitter et Youtube, 31 % sont sur Dailymotion. Cette nouvelle manière de communiquer contribue à forger une nouvelle image des musées plus proche des visiteurs et à les fidéliser en les informant régulièrement de leur activité.

Bien qu’il y ait des aspects négatifs comme les disparités économiques entre les musées, le numérique semble être l’avenir pour les musées qui pourront ainsi renouveler leurs techniques de conservation, de médiation et d’exposition…

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